Algo mon amour
Les algorithmes ont pris le pouvoir sur nos écrans, manipulant nos pensées et parfois nos actions. Un outil si puissant et efficace qu’on en aurait presque envie d’en créer un pour l’utiliser, nous aussi.
Par Pauline Moussalli, responsable de la communication interne de la ville de Mulhouse.
Je ne sais pas pour vous, mais les publicités générées par les algorithmes de mes réseaux sociaux s’apparentent à un harcèlement qui n’a rien à envier à un enfant de deux ans tapant sur la porte des toilettes en criant « Maman ! maman ! ». Tous les trois scrolls, ces pubs s’invitent à répétition sur mon mur, mon fil, mes playlists, mes vidéos. J’ai tellement vu cette publication vantant un minikit d’aquarelle que j’ai presque cliqué sur « acheter » en me persuadant qu’une artiste sommeillait sûrement en moi, puisque les publicités sont censées être ciblées. Sur ce, j’entends des collègues me dire qu’ils n’étaient « pas au courant » d’un événement auquel ils étaient pourtant directement invités. Et ça fait TILT.
Pourtant, les affiches ont été diffusées et posées à temps, l’article sur intranet publié en page d’accueil, le mailing envoyé, l’information relayée aux correspondants et managers sur le terrain. J’en déduis qu’ils sont passés devant l’affiche au moins trois fois sans la voir, qu’ils ont vaguement lu l’intitulé du mail avant de le supprimer, que leurs yeux ont balayé l’actualité sur intranet sans même frémir des cils, et que leur attention en réunion de service était en berne.
Que me reste-t-il pour les atteindre avec certitude ? Un algorithme. Puissant. Invasif. Dénué de scrupules. Forceur, même. Le rêve !
Imaginez un peu. Tous les trois mails, un message automatique de la com interne leur rappelant l’événement. Une fois par jour, un appel robotisé anonyme sur leur téléphone. Sur leurs écrans d’ordinateur, une vidéo pop-up qu’il faut fermer manuellement pour pouvoir continuer à travailler (uniquement possible au bout de 30 secondes). Dans l’espace de pause, des influenceurs ASMR. No limit. De l’info jusqu’à l’écœurement.
Résultat : des collègues conquis, leurs cerveaux saturés d’une irrépressible envie de participer à cet événement définitivement fait pour eux. Obligé, ils cliquent !
Imaginez un peu.
Ouais, bof. Allez, je vais continuer à informer mais à petite dose, en tentant de convaincre plutôt par le fond et avec les moyens du bord. Tant pis si certains passent à travers les mailles de notre plan média : grâce au bouche-à-oreille, je les aurai la prochaine fois !
Sur ce, je vous laisse, j’ai un minikit d’aquarelle à acheter de toute urgence.
Image Pixabay - Lola4556677.