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Ces affiches qui nous font bondir

Publié le : 31 août 2026 à 07:07
Dernière mise à jour : 3 septembre 2026 à 15:58
Par Marine Inglebert

Confidences d'une communicante publique, entre déformation professionnelle et engagement personnel.

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Par Marine Inglebert, responsable communication et événementiel de la ville de Saint-Bonnet-de-Mure.

Il y a ce réflexe, je suis sûre, que nous, communicants, on a tous. Une affiche punaisée sur un panneau, glissée sous l'essuie-glace, collée un peu de travers sur la vitrine d'un commerçant. Et là, sans même devoir lire le sujet (ne devrait-on pas pouvoir le deviner avant de lire ?) : aïe, ça fait mal, ça pique les yeux. Si ce n’est pas le résultat de deux clics avec l’IA pour un visuel qui ressemble à tous les autres, c’est un mélange de quatre polices différentes, un arc-en-ciel de couleurs, une collection de pictos aux styles différents, 1 800 caractères sur un A5, sans oublier… le logo de la ville étiré !

Je bondis ! Ce réflexe, il ne nous quitte jamais vraiment n’est-ce pas ? Il nous suit, nous met dans des postures très différentes. Mais la vraie tragédie, c’est que ce saut du cœur, je le vis deux fois : sur les terrains pro et perso.

Dans ma vie professionnelle, avec les associations de la ville pour laquelle je travaille

Dans les collectivités, les associations locales sont nombreuses, vivantes, engagées. On reçoit des demandes de diffusion sur le site internet, des flyers imprimés à mettre à l’accueil… dont les visuels, parfois, sont en décalage complet avec le message à faire passer ou l'événement concerné. Se pose alors la question de notre champ d'intervention possible. Peut-on proposer notre aide en graphisme ? Mettre à disposition un gabarit ? La réponse dépend particulièrement de la sensibilité politique, d’arbitrage, de priorités, de ce que l'on peut ou non « offrir » sans créer d'inégalités entre associations.

Il y a souvent un gros décalage d’une association à une autre. Certaines associations ont la chance d'avoir, en interne, quelqu'un qui s'y connaît un peu – un bénévole graphiste, un ancien de la com ou une adhérente qui manie Canva avec aisance. D'autres n'ont personne et font avec les moyens du bord.

Je navigue alors entre l'envie sincère d'aider – parce que je sais qu'une bonne com (du moins cohérente) peut changer la fréquentation d'un événement, la visibilité d'une cause – et le cadre de ma fonction, parfois frustrant, dans lequel je dois rester.

C'est un exercice de haute voltige pour moi, où j’ai dû apprendre à lâcher prise. Dans le cadre du travail, j’ai appris à m’en détacher. Mais côté perso… c’est encore dur !

Mais aussi dans ma vie de tous les jours, avec les associations où je m'engage

Sur l'autre versant, celui où je quitte ma casquette professionnelle pour endosser celle de bénévole dans différentes assos. Là, tout change. Je ne suis plus la communicante professionnelle : je suis membre, parfois secrétaire, embarquée dans des aventures collectives.

Et c'est là que ça devient parfois encore plus inconfortable. Sauf que je ne peux plus me cacher derrière une distance professionnelle. Je suis dedans, impliquée et… finalement liée à ce visuel, cette affiche qui me fait bondir. Impossible pour moi de rester sans rien dire.

Dans une association, on me comprend, me fait confiance et me laisse les rênes de la com. Là, en toute simplicité et sans monter une stratégie complète, je peux proposer des visuels cohérents.

Dans une autre, la même affiche reconduite d'année en année, avec juste la date qui change. Un visuel qui, objectivement, ne respecte aucun des grands principes que l’on défend au quotidien, mais les habitués savent reconnaître l'affiche du vide-grenier ou du loto sans même la regarder vraiment. Alors, à quoi bon la retravailler ?

Et puis, de toute façon, je reçois directement sur notre groupe WhatsApp l’affiche de l’événement phare de l’année et là, la sentence tombe. Je sais d’expérience que le brief fut : « Pour l'affiche, pas besoin de se prendre la tête avec un truc parfait, Bernard s'en occupe comme d’habitude depuis quinze ans. Et puis de toute façon, le bureau l’a déjà validée ! »

Aïe. Le fameux « On a toujours fait comme ça ». C'est une torture silencieuse pour la communicante que je suis. Alors trois réactions s’affrontent en moi.

  • L’option PROFIL BAS : j’essaie de prendre du recul, j’avale mes remarques, m’engage autrement et me dis que je suis là pour d'autres raisons que pour donner des leçons de com ou de graphisme à des bénévoles qui donnent de leur temps.
  • L’option COUP DE POUCE en proposant de former Bernard aux bases de Canva, histoire de sauver les meubles, au risque de recevoir en retour un « Pas besoin, je me débrouille bien avec Word ».
  • L’option COUP D’ÉTAT BIENVEILLANT et je propose une nouvelle affiche, déclinée en post pour les réseaux sociaux, avec un QR code plutôt qu’un texte en taille 7 pour faire rentrer tout le message proposé par Bernard.

Deux situations mais une même paire d'yeux

Qu'on soit derrière notre bureau de la mairie ou autour de la table de la salle des fêtes du village, cette sensibilité visuelle est notre déformation professionnelle. Elle nous fait bondir, râler, mais cela prouve aussi finalement à quel point nous sommes passionnés par notre métier et par la clarté d’un message.

Au fond, ce sont les mêmes yeux qui regardent, professionnels le jour, engagés le soir ou le week-end. Le même agacement, la même envie de faire mieux. Mais deux légitimités bien différentes : l'une institutionnelle, encadrée, parfois contrainte par des arbitrages qui nous dépassent. L'autre bénévole, plus libre en théorie, mais bridée par le respect qu'on doit à un collectif dont on n'est qu'un membre parmi d'autres.

Un petit dernier à partager avec vous

Un vieux logo pixelisé à refaire et à moderniser pour l’anniversaire de l’association. Des heures de travail à imaginer, tester et, notamment, à vectoriser une partie de l’ancien pour garder son authenticité. Plusieurs propositions, des explications (voire négociations) sur les contraintes et besoins d’un logo, quelques ajustements et… découvrir que, du jour au lendemain, le logo a été changé sur la page Facebook sans même un petit mot, un post, une mise en avant. Un peu frustrant, non ?

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