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Universités européennes : raconter une histoire commune à l’échelle du continent

Publié le : 17 juin 2026 à 14:17
Dernière mise à jour : 22 juin 2026 à 15:17
Par Caroline Grand

Caroline Grand, directrice de la communication de La Rochelle Université, est membre de l'alliance européenne EU-CONEXUS travaillant sur les enjeux de durabilité des zones urbaines littorales. Elle nous livre son retour d’expérience depuis la communication de l’alliance lancée en 2019 et rassemblant neuf universités européennes partenaires.

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En 2017, dans son discours de la Sorbonne, Emmanuel Macron appelait à la création d’universités européennes capables de former une nouvelle génération d’Européens, en croisant les parcours, les langues et les cultures. Cette ambition s’est rapidement traduite par une initiative structurante de la Commission européenne, lancée en 2019 dans le cadre du programme Erasmus+.

Aujourd’hui, 64 alliances rassemblent plus de 560 établissements d’enseignement supérieur à travers l’Europe. Leur objectif : dépasser la logique de coopération pour construire progressivement de véritables universités transnationales. Cette dynamique est désormais reconnue au niveau européen, le Parlement européen identifiant les universités européennes comme un levier de structuration et d’intégration de l’enseignement supérieur à l’échelle du continent.

Mais derrière cette ambition se pose une question essentielle : comment rendre ces structures complexes compréhensibles, visibles et pertinentes pour leurs publics ? C’est précisément là que la communication intervient, non comme un simple support transversal, mais comme un véritable levier stratégique.

EU-CONEXUS : une alliance européenne portée par une vision commune

EU-CONEXUS est l’une de ces alliances. Lancée en 2019 et initialement coordonnée par La Rochelle Université, elle rassemble neuf universités partenaires : La Rochelle Université (France), Universidad Catolica de Valencia (Espagne), University of Zadar (Croatie), Klaipėda University (Lituanie), Technical University of Civil Engineering of Bucharest (Roumanie), Agricultural University of Athens (Grèce), Frederick University (Chypre), South East Technological University (Irlande) et University of Rostock (Allemagne).

Réunies autour d’un axe de recherche commun, à savoir les enjeux de durabilité des zones urbaines littorales, ces universités développent des formations, des projets de recherche et des actions d’innovation à l’échelle européenne.

Mais, comme d’autres alliances européennes, EU-CONEXUS est confrontée à un défi majeur : comment rendre lisible et tangible une structure à la fois complexe et en construction ?

De la visibilité au sens : le défi de la communication

Au fil des échanges au sein de l’alliance, plusieurs enjeux de communication se dégagent :

  • faire progresser l’engagement au-delà de la seule notoriété
  • rendre les messages plus lisibles pour des publics variés
  • renforcer la compréhension de l’alliance à l’échelle des parties prenantes locales
  • mieux qualifier et rendre visibles les effets des actions menées

Il ne s’agit plus seulement de rendre les actions visibles, mais d’en renforcer la compréhension et l’appropriation.

Passer de la visibilité au sens devient alors un enjeu central, qui interroge directement nos métiers : comment évoluer d’une communication de diffusion vers une communication qui produit réellement des effets ?

La Joint Communication Unit à Zadar (Croatie) : travailler collectivement sur l’impact de la communication

En avril 2026, les responsables communication des universités partenaires se sont réunis à Zadar pour leur rencontre annuelle en présentiel. Cette réunion s’inscrit en complément de leurs échanges hebdomadaires en visioconférence, dans le cadre de la Joint Communication Unit (JCU) d’EU-CONEXUS, à l’approche du lancement de la phase 3 de l’alliance.

La JCU est une structure opérationnelle qui rassemble les directions de la communication des neuf établissements membres. Mise en place dès 2019, elle s’inscrit dans une dynamique continue de coordination, de production et de réflexion stratégique. Elle constitue un « workpackage » à part entière, dont la coordination est assurée par l’université de Klaipeda en Lituanie.

Depuis plusieurs années, cette communauté de communicants construit progressivement une approche commune : stratégie, outils partagés, identité de marque, coordination des actions. Ce travail s’est structuré dans le temps, avec une montée en maturité collective.

L’alliance entre aujourd’hui dans une nouvelle étape. Après une phase de lancement, puis de structuration, la phase 3 de l’université européenne marque un moment de consolidation : il ne s’agit plus seulement d’expérimenter, mais d’ancrer durablement les actions dans les établissements, de renforcer leur appropriation et d’en démontrer plus clairement les effets. Dans ce contexte, la communication ne se contente plus d’accompagner les activités. Elle contribue directement à rendre lisible un projet collectif et à en faciliter l’appropriation.

Ce travail invite également à replacer la communication à sa juste place. Si elle contribue à rendre le projet lisible et à favoriser son appropriation, elle ne peut en être le seul moteur.

L’engagement repose aussi sur la clarté des orientations, la cohérence des dispositifs et leur appropriation par les acteurs eux-mêmes.

La communication vient alors soutenir, amplifier et rendre visible ce qui existe déjà. L’objectif de la rencontre de Zadar n’était donc pas de produire davantage de contenus, mais de prendre du recul pour poser une question plus structurante : quel est réellement l’impact de notre communication ?

Changer de regard : des indicateurs aux effets

Dans le cadre du livrable demandé par la Commission européenne pour la fin de la phase 2, l’approche proposée s’oriente vers une analyse qualitative de l’impact, en complément des données existantes.

Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des enquêtes quantitatives, le dispositif repose sur :

  • des groupes de discussion avec les étudiants, enseignants et personnels
  • des entretiens avec les équipes de direction et les partenaires
  • l’analyse de données existantes (web, réseaux sociaux, participation)
  • la collecte d’exemples concrets et de retours d’expérience

L’objectif n’est plus seulement de mesurer l’exposition aux actions de communication, mais de mieux comprendre :

  • la manière dont l’alliance est comprise
  • la perception de son utilité
  • les facteurs qui favorisent ou freinent l’engagement

Autrement dit, passer d’une logique de mesure de la visibilité à une analyse des effets produits.

Écouter pour comprendre

Dans le cadre de cette démarche, EU-CONEXUS est invitée à organiser des échanges avec différents publics :

  • étudiants, engagés ou non
  • enseignants-chercheurs
  • personnel administratif
  • équipes de direction

Au niveau de l’alliance, des entretiens seront également menés avec des partenaires externes.

Cette approche repose sur un principe simple : on ne peut pas mesurer l’impact de la communication sans écouter celles et ceux à qui elle s’adresse.

Un enjeu partagé à l’échelle européenne

Ce que vit l’université européenne EU-CONEXUS est loin d’être isolé. Il s’inscrit dans une transformation plus large de la communication dans l’enseignement supérieur. Les universités européennes sont des objets hybrides, à la fois institutionnels, politiques et académiques. Les raconter suppose :

  • de clarifier leur finalité
  • d’aligner stratégie et communication
  • de produire des récits concrets et incarnés

Les échanges au sein de réseaux professionnels montrent d’ailleurs que le partage d’expériences entre pairs devient un levier essentiel pour rendre ces alliances compréhensibles.

Au-delà des alliances : des réseaux pour faire circuler les idées et les pratiques professionnelles
Caroline Grand, séminaire international de Rome 2026 - Cap'Com/Club de Venise

Ces réflexions dépassent le cadre des alliances elles-mêmes et se nourrissent d’échanges au sein de réseaux professionnels plus larges. En France, elles s’inscrivent dans des dynamiques portées par Cap’Com, l’ARCES (réseau des communicants de l’enseignement supérieur et de la recherche, publics et privés) ou encore ComoSup (Association des responsables de communication des universités). À l’échelle européenne, elles trouvent également un écho dans des espaces comme le Club of Venice ou EUPRIO (European Association of Communication Professionals in Higher Education).

Ces espaces permettent de partager des pratiques, de confronter les approches et d’alimenter une réflexion collective sur les enjeux de communication dans l’enseignement supérieur et, plus largement, dans les organisations publiques et académiques.

Ils jouent aussi un rôle clé dans la diffusion des universités européennes au-delà de leurs cercles habituels, en contribuant à leur visibilité dans des communautés professionnelles élargies.

La communication comme moteur de transformation

Le travail mené à Zadar confirme une idée clé : la communication ne se contente pas de raconter les universités européennes, elle contribue à les construire. En rendant les projets plus lisibles, en favorisant l’engagement et en connectant les publics, elle contribue à rendre ces dispositifs plus accessibles et compréhensibles pour les publics.

Pour la JCU de EU-CONEXUS, la prochaine étape consistera à traduire ces travaux en recommandations concrètes pour améliorer les pratiques de communication au sein de l’alliance.

Les universités européennes constituent l’une des transformations les plus ambitieuses de l’enseignement supérieur en Europe. Leur réussite ne dépendra pas uniquement de leur organisation, mais de leur capacité à être comprises et appropriées par leurs publics. Dans ce contexte, la communication n’est pas un sujet périphérique. Elle joue un rôle central : rendre lisible un projet complexe, en expliciter le sens et permettre à chacun de s’y situer. C’est précisément ce que pose aujourd’hui la question de l’évaluation de nos actions : que mesure-t-on réellement lorsque l’on parle d’impact de la communication ? Notre rôle est sans doute plus simple et plus exigeant à la fois : ne pas se limiter à expliquer le projet, mais comprendre ce que les publics perçoivent et attendent, pour rendre les projets lisibles et, progressivement, appropriables.

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