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Rome, l’Europe comme atelier en compublique

Publié le : 27 mai 2026 à 19:46
Dernière mise à jour : 28 mai 2026 à 17:26
Par Yves Charmont

Un séminaire international sert à confronter ses pratiques, bien sûr, mais aussi à prendre la mesure d’enjeux qui dépassent largement nos frontières : désinformation, intelligence artificielle, défiance démocratique, mobilisation des jeunes générations. À Rome, le troisième séminaire international du Club de Venise et de Cap’Com a rappelé une évidence : la communication publique locale est pleinement concernée par les fractures du monde.

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Rome n’était pas un décor. Ou pas seulement. Réunis au cœur des institutions européennes en Italie, aux côtés de partenaires universitaires, de représentants de la Commission européenne, du Parlement européen, de chercheurs et de réseaux internationaux de communicants publics, les participants de notre séminaire international 2026 ont travaillé sur ce qui constitue désormais le quotidien de nos métiers : comment communiquer dans des démocraties fragilisées par la défiance, les manipulations informationnelles et la fragmentation des espaces publics ? Le constat posé dès l’ouverture était sans détour. Nous vivons, selon un intervenant en ouverture, dans un « âge des prédateurs », où des régimes autoritaires cherchent à affaiblir les démocraties libérales en exploitant leurs propres vulnérabilités. La désinformation n’est plus un bruit de fond ; elle est devenue un instrument stratégique (voir le livre de Klimentini Diakomanoli sur ce sujet, coédité par Cap’Com). Guerre hybride, guerre cognitive, instrumentalisation des réseaux sociaux, polarisation des opinions : le vocabulaire n’est plus celui d’une simple communication numérique mal maîtrisée, mais bien celui d’un affrontement politique et culturel.

Trois séminaires pour installer une coopération internationale

2022 : premier acte à Toulouse Cap’Com et le Club de Venise engagent une première séquence de coopération internationale autour des transformations de la communication publique et des défis démocratiques émergents.

2024 : approfondir les convergences à Strasbourg Le dialogue se structure davantage avec les réseaux partenaires européens et académiques, autour des mutations numériques, de la participation citoyenne et des nouvelles pratiques institutionnelles.

2026 : Rome, la maturité d’un cycle Le troisième séminaire international se structure en quatre grandes sessions :

  • coopération avec les institutions européennes, communautés scientifiques et médias ;
  • IA, plateformes et communication publique de confiance ;
  • mobiliser la jeunesse européenne et rétablir la confiance démocratique ;
  • identité européenne, inclusion et lutte contre la désinformation.

Au-delà du programme, un même fil conducteur : faire de la coopération internationale un levier concret pour les communicants publics confrontés aux grandes mutations contemporaines.

Pour nous, ce diagnostic n’a rien d’abstrait. Certes, les collectivités territoriales ne se situent pas au même niveau d’exposition que les institutions européennes. Mais elles affrontent, à leur échelle, les mêmes symptômes : contestation de la parole institutionnelle, défiance envers l’expertise, confusion entre opinion et information, radicalisation de certains débats publics. En ce sens, ce détour par Rome renvoyait très directement à nos réalités professionnelles. Il a permis également de présenter, avec une attention particulière de la salle qui en a réclamé la traduction complète, les éthiquomètres de la compublique publiés récemment. Une approche pratique qui a séduit, bien que les contextes réglementaires diffèrent entre les pays d’Europe. C’est la posture réaliste et l’approche didactique qui ont fait l’objet de l’intérêt de l’assemblée.

Présentation des 3 éthiquomètres de la com publique.

Quand la confiance devient un enjeu de métier

L’un des apports majeurs de ce séminaire a donc été d’avoir replacé la communication publique dans son rôle fondamental : non pas simplement diffuser de l’information, mais contribuer aux conditions de la confiance démocratique, dans la transparence et avec des principes déontologiques. À l’heure où les plateformes privilégient souvent la viralité à la véracité, où les logiques algorithmiques favorisent les contenus polarisants, la question n’est plus seulement de savoir quels outils utiliser, mais quelle responsabilité assumer. Plusieurs échanges ont insisté sur cette articulation entre innovation technologique et exigence éthique. L’intelligence artificielle, omniprésente dans les discussions, apparaît à la fois comme promesse d’efficacité et comme facteur supplémentaire de brouillage.

La question n’est plus seulement de savoir quels outils utiliser, mais quelle responsabilité assumer.

Pour les communicants publics, cette tension est familière. Faut-il être partout ? Faut-il continuer à investir des espaces numériques dont on conteste parfois les règles du jeu ? Une intervenante française, Caroline Grand, dircom de l’université de La Rochelle, évoquait très concrètement le choix de quitter certaines plateformes devenues incompatibles avec les principes que défend une institution publique. Sujet éminemment contemporain : la communication publique ne peut pas seulement suivre les usages ; elle doit aussi interroger les cadres dans lesquels elle agit, surtout quand il s’agit de s’adresser aux jeunes.

Les jeunes générations, non comme cible mais comme partenaires

Un fil rouge puissant : la jeunesse. À Rome, le sujet a été abordé concrètement. Non sans une forme d’autocritique. Un intervenant européen spécialiste de l’opinion publique le reconnaissait franchement : les institutions parlent souvent de participation des jeunes tout en continuant à fonctionner entre experts, derrière des portes closes. Comment parler à celles et ceux qui ne fréquentent plus spontanément les canaux institutionnels ? Comment éviter une communication publique purement descendante ? Comment faire place à la discussion, au contradictoire, à l’expérimentation ?

Là encore, les collectivités locales disposent d’un terrain d’action particulier. Elles sont l’échelon du concret, du quotidien, de la proximité. Là où l’Europe peut sembler lointaine, la commune, l’agglomération, le département ou la région restent des espaces tangibles de relation citoyenne. Cela donne aux communicants publics un rôle spécifique : celui de traducteurs, de passeurs, parfois même de médiateurs entre les grandes politiques publiques et l’expérience vécue. Cette idée de traduction est revenue à plusieurs reprises. Traduire des politiques complexes. Traduire des enjeux européens. Traduire aussi des faits scientifiques dans un environnement saturé de récits concurrents. Le rapprochement avec le monde académique, très présent dans ce séminaire, n’est pas anodin. Dans un climat où l’opinion tend parfois à concurrencer les faits, la communication publique retrouve une responsabilité pédagogique forte. Non pour imposer une vérité officielle, mais pour remettre du discernement dans le débat public.

Une forme de diplomatie professionnelle pour la communication publique

Il y avait enfin, pour ce troisième séminaire international, quelque chose de plus stratégique encore : l’affirmation du rôle d’organismes indépendants comme Cap’Com ou son homologue italien Compubblica. Depuis plusieurs années, nous construisons ces coopérations, tissons des liens avec des réseaux européens et internationaux, créons des espaces de dialogue entre praticiens, chercheurs et institutions, avec notre newsletter de langue anglaise Commonality. Nous partageons sur des questions de résilience démocratique, de souveraineté informationnelle, d’inclusion, de citoyenneté. Nous anticipons ce qui va nous arriver et partageons les bonnes pratiques. Ce qui se joue à Bruxelles, Rome ou ailleurs finit toujours, d’une manière ou d’une autre, par se traduire dans les pratiques locales.

Également représenté par le directeur de la communication du département des Pyrénées-Atlantiques, Nicolas Casez, qui est intervenu sur une communication transfrontalière (nous y reviendrons) et par Natalie Maroun, spécialiste en communication de crise et experte internationale, qui a témoigné de son engagement sur le terrain, Cap’Com a tenu son rang parmi la trentaine d’interventions, tout en coproduisant cette rencontre en tant que membre associé au Club de Venise. Comme le rappelait Vincenzo Le Voci, secrétaire général de cette organisation, il devient essentiel de coopérer avec la conscience de notre responsabilité dans le paysage médiatique et citoyen. Dans un monde saturé de récits concurrents, les communicants publics ne sont pas de simples producteurs de contenus. Ils sont aussi, modestement mais concrètement, des acteurs de la « qualité démocratique ».

Natalie Maroun, spécialiste en communication de crise et experte internationale, et Nicolas Casez, directeur de la communication du département des Pyrénées atlantiques intervenants du réseau Cap'Com au séminaire le 7 mai 2026 à Rome..
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