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Confiance publique, désinformation et identité européenne dans les Balkans occidentaux

Publié le : 17 juin 2026 à 15:11
Dernière mise à jour : 17 juin 2026 à 16:02
Par Coraline Fayolle

Lors du séminaire international de Rome les 7 et 8 mai derniers, Katerina Veljanovska, professeure de sciences politiques et analyste géopolitique, est intervenue sur le rôle de la communication publique dans le renforcement de l’identité européenne (Balkans occidentaux et Europe du Sud-Est). Rencontre avec une experte au cœur des défis de la confiance publique, de la désinformation et des stratégies locales.

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Commonality : Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Pr Katerina Veljanovska Blazhevska : Je suis politologue, professeure et analyste spécialisée dans les politiques publiques, la communication stratégique, la sécurité et la géopolitique. Je suis actuellement professeure titulaire au sein de la faculté d’études de sécurité de l’Université MIT de Skopje, en Macédoine du Nord.

Mon expérience universitaire et professionnelle comprend des travaux de recherche ainsi que des missions de formation et d’enseignement à l’échelle internationale (Allemagne, Pologne, Autriche, Roumanie, Croatie et États-Unis). En 2023, j’ai obtenu une bourse de recherche postdoctorale de l’Institut du développement et des relations internationales (IMRO) en Croatie, dans le cadre de laquelle j’ai étudié des questions de géopolitique et de sécurité environnementale.

Je participe également activement à des réseaux internationaux d’expertise et de recherche, dont la DSC2 (Communauté de communication stratégique en matière de défense, de démocratie et de sécurité), et je suis membre du Conseil des normes scientifiques et universitaires du Stirling Centre de l’Université de Stirling, en Écosse. Je suis par ailleurs vice-présidente du « Réseau de recherche pour les études interdisciplinaires sur la démocratie délibérative transhistorique », un réseau européen de recherche scientifique soutenu par l’Union européenne qui rassemble plus de 200 chercheurs et instituts originaires de 31 pays.

Outre mes travaux universitaires, je dispose d’une vaste expérience en tant que consultante et formatrice en communication, en encadrement et en développement des compétences personnelles ; je suis également autrice de plusieurs ouvrages et publications scientifiques.

Commonality : Dites-nous plus sur les questions que vous traitez au quotidien : quelles thématiques étudiez-vous à l’Université MIT et en tant qu’analyste en géopolitique, et quels problèmes rencontrez-vous actuellement dans le domaine de la communication publique en Macédoine du Nord ?

Pr Katerina Veljanovska Blazhevska : Au quotidien, mon travail allie enseignement, recherche, analyse des politiques publiques et communication stratégique. À l’université, j’enseigne et mène des travaux de recherche en lien avec les études de sécurité, les systèmes politiques et la géopolitique. J’accompagne également des étudiants et jeunes professionnels dans le cadre d’un mentorat axé sur l’encadrement, l’esprit critique et les compétences en communication.

L’un des principaux défis de la communication publique en Macédoine du Nord est la polarisation croissante du débat public.

En tant qu’analyste en géopolitique, je me concentre sur l’évolution de la situation sécuritaire régionale et mondiale, les menaces hybrides, la communication stratégique, la désinformation, la résilience démocratique et l’incidence des évolutions géopolitiques sur les Balkans occidentaux et l’Europe. Une grande partie de mon travail consiste en outre à analyser l’incidence de la transformation numérique et des écosystèmes d’information sur les processus politiques et la confiance du grand public.

Aujourd’hui, l’un des principaux défis de la communication publique en Macédoine du Nord est la polarisation croissante du débat public, associée à la propagation rapide de la désinformation et des discours manipulateurs via les plateformes numériques et les médias sociaux. Cela nuit à l’instauration d’un dialogue constructif et de la confiance dans les institutions.

Dans le même temps, la communication d’aujourd’hui requiert non seulement de l’expertise, mais également de la responsabilité, de la clarté et de la résilience, en particulier s’agissant de questions sensibles sur la géopolitique et la sécurité dans un contexte international en constante évolution.

Commonality : Certaines bonnes pratiques ou initiatives mises en œuvre à l’échelle locale pourraient-elles être pertinentes pour le réseau européen de communication ?

Pr Katerina Veljanovska Blazhevska : Oui, plusieurs initiatives et pratiques mises en œuvre en Macédoine du Nord pourraient être pertinentes dans le cadre d’un réseau européen de communication plus vaste, notamment dans les domaines de la communication stratégique, de la résilience communautaire et de la culture numérique. Parmi celles-ci, l’on peut citer l’exemple de la coopération croissante entre le monde universitaire, les organisations de la société civile, les professionnels des médias et le secteur de la sécurité pour lutter contre la désinformation et les menaces hybrides, ainsi que pour accroître la sensibilisation du grand public. Via des travaux de recherche, des programmes éducatifs, des formations et des débats publics, nous œuvrons à renforcer l’esprit critique, la communication responsable et la résilience chez les citoyens, en particulier chez les jeunes.

Les sociétés des Balkans ont développé une certaine capacité d’adaptation et une connaissance pratique des problématiques de communication en temps d’incertitude et de transformation rapide.

Parallèlement, j’estime que la coopération avec des partenaires européens doit impérativement rester un processus bidirectionnel fondé sur l’apprentissage mutuel et le partage d’expériences. Bien entendu, les pays des Balkans occidentaux peuvent largement s’inspirer des normes, pratiques institutionnelles et modèles de communication stratégique européens. Toutefois, je pense également que l’Union européenne peut tirer parti de nos expériences régionales, notamment en matière de dynamique sociétale complexe, de polarisation, de communication de crise, de dialogue interculturel et de résilience dans des contextes sensibles sur le plan géopolitique.

Les sociétés des Balkans occidentaux étant sujettes à des évolutions politiques, sociales et sécuritaires constantes, elles ont développé une certaine capacité d’adaptation et une connaissance pratique des problématiques de communication en temps d’incertitude et de transformation rapide. Leur point de vue me semble donc précieux dans le cadre des débats européens plus larges sur la résilience démocratique, la communication stratégique et le renforcement de la confiance au sein des sociétés.

Commonality : Que retenez-vous des travaux que nous avons menés ensemble au séminaire international de Rome ? Qu’attendez-vous de cette coopération entre les professionnels de la communication en Europe ?

Pr Katerina Veljanovska Blazhevska : Ce que je retiens de ces deux jours, c’est la conviction forte que la communication publique d’aujourd’hui ne peut être considérée de manière isolée. Si nous voulons créer un réel impact et gagner la confiance du grand public, nous devons renforcer la coopération entre les professionnels de la communication, le monde universitaire, les médias, la société civile, les institutions et les plateformes numériques.

Selon moi, l’un des messages clés est que la communication ne doit pas se contenter de réagir aux crises, à la désinformation et aux activités de manipulation de l’information et d’ingérence étrangère ; elle doit se faire plus proactive, plus adaptative, et être davantage axée sur l’humain. Aujourd’hui, le simple fait de discréditer de fausses informations ne suffit pas toujours : nous devons aussi miser sur l’anticipation, la réfutation préventive, l’éducation aux médias et le renforcement de la résilience à long terme.

Les débats autour de la confiance, de la mobilisation et des délibérations modérées ont également retenu mon attention, notamment dans le cadre d’environnements numériques toujours plus polarisés, alimentés par des algorithmes et des flux d’information rapides.

J’attends de cette coopération un partage constant de connaissances, d’expériences et de bonnes pratiques, ainsi que la consolidation des partenariats à long terme en Europe. Je suis convaincue que nous pouvons beaucoup apprendre les uns des autres, et qu’ensemble nous pouvons créer un écosystème de communication démocratique plus résilient, mieux informé et fondé sur la confiance.

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