Les nouvelles fiches métiers clarifient les compétences des communicants publics
Les communicants territoriaux sortent enfin du « couteau suisse ». Après deux années de travail entre le CNFPT et Cap’Com, les nouvelles fiches métiers de la communication territoriale viennent d’être mises en ligne. La profonde refonte de ces fiches donne aux collectivités un outil concret pour construire les postes et va aider les communicants territoriaux à faire reconnaître leurs compétences.
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Les fiches métiers actualisées de la famille communication sont en ligne sur le site cnfpt.fr, avec les autres familles du champ d'action publique locale « Organisation et gestion des ressources » dans le RMT, le Répertoire des métiers territoriaux, qui regroupe au total plus de 250 fiches métiers de la fonction publique territoriale. Le RMT couvre toutes les professions exercées par les agents territoriaux et constitue un référentiel unique pour connaître les filières territoriales et les missions du service public local. Les métiers présentés sont répartis en six champs d’action publique locale (organisation et gestion des ressources, social/santé, éducation/sport/culture, aménagement du territoire, services techniques, sécurité) et 27 spécialités. Le répertoire propose également une approche fonctionnelle, par types de compétences (organisation et encadrement, conduite de projet, communication…).
Depuis longtemps, les métiers de la communication publique vivent dans une étrange contradiction. Omniprésents dans les collectivités, indispensables dans les périodes de crise comme dans la conduite des politiques publiques, ils demeurent pourtant insuffisamment identifiés. Et c’est le fil rouge qui guide Cap’Com depuis ses débuts. « Tout le monde fait de la com », entend-on souvent dans les organisations territoriales. Une formule qui dit beaucoup de la difficulté historique à cerner ces métiers, à les nommer précisément et parfois même à reconnaître leur technicité.
C’est à partir de ce constat qu’a été menée la dernière refonte des fiches métiers du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT). Une collaboration engagée il y a près de deux ans entre cet organisme et Cap’Com, à travers un groupe de travail issu du Comité de pilotage du réseau. Une dizaine de professionnels, représentant des collectivités très différentes, se sont réunis régulièrement pour reprendre entièrement le dispositif existant ; et l’ensemble du Comité de pilotage de Cap’Com a été associé. Non pas pour le corriger à la marge, mais pour le reconstruire. Ils ont produit une série de quatre fiches (au lieu de sept) qui agrègent l’ensemble des domaines traités par la communication publique.
Ces fiches répondent de façon très claire à toutes les interrogations sur la légitimité des communicants.
Marie Cailleaud, directrice de la communication de la région Bourgogne-Franche-Comté
Les anciennes fiches, bâties par spécialités ou par métiers isolés, finissaient par produire l’effet inverse de celui recherché : elles fragmentaient des pratiques devenues profondément transversales. « On n’arrivait pas à représenter l’étendue des compétences des communicants publics », résume un des membres du groupe de travail. Un communicant territorial peut gérer dans une même semaine une concertation publique, une campagne de communication interne, la rédaction d’un magazine, un plan média numérique et l’organisation d’un événement. C’est d’autant plus vrai dans les petites collectivités ou les intercos de taille moyenne qui n’ont souvent que très peu d’effectifs à la communication. Et cette réalité ne trouvait jamais réellement sa traduction dans les référentiels. En dehors d’une forme de boutade souvent entendue et utilisée par les communicantes et communicants eux-mêmes, se qualifiant de couteau suisse, l’étendue réelle de leurs champs de compétences n’était pas écrite noir sur blanc. Un nuage de mystère entourait finalement nos métiers, favorisant à la fois l’image de personnes produisant un effet sur la chose publique et sa perception, l’opinion, la relation, sans qu’on ne sache vraiment comment, et un vague sentiment de méfiance accompagné du fameux syndrome de l’imposteur qui nous touche même si on le combat. Pour Marie Cailleaud, membre du Comité de pilotage de Cap’Com et directrice de la communication de la région Bourgogne-Franche-Comté : « Ces fiches répondent de façon très claire à toutes les interrogations sur la légitimité des communicants, c’est-à-dire sur leurs compétences, leurs domaines d’expertise et leur reconnaissance. »
Une structure matricielle pour croiser les compétences et les niveaux hiérarchiques
La nouvelle architecture proposée par le CNFPT et Cap’Com tente précisément de sortir de ce flou et de l’invisibilisation de l’éventail des compétences des communicantes et des communicants publics. Premier changement majeur : l’abandon d’une logique de métiers et de rôles juxtaposés au fil du temps au profit d’une structure matricielle.
Quatre nouvelles fiches métiers définissent les niveaux hiérarchiques :
- directeur ou directrice de la communication,
- responsable de communication,
- chargé ou chargée de communication,
- chargé ou chargée de production de supports.
Ces niveaux viennent désormais croiser dix grands champs de compétences.
- Stratégie de communication, planification, gestion
- Marketing territorial, gestion de l’attractivité
- Communication interne, lien avec et entre les collaborateurs
- Organisation et animation de la concertation, relation citoyenne, accueil des usagers
- Relations de presse et influence, réseaux sociaux
- Conception et gestion des publications papier et numériques
- Rédaction, journalisme territorial
- Création graphique et artistique, infographie et mise en pages
- Photographie, audios et contenus audiovisuels
- Organisation d’événement, protocole
Une fiche métier n’est pas une fiche de poste. La fiche métier devient un magasin de compétences dans lequel on vient construire le poste dont on a réellement besoin.
Ce choix peut sembler technique. Il est en réalité profondément politique pour la profession. Car il acte enfin l’idée qu’un métier de communication publique ne se résume pas à un intitulé figé. Les communicants publics ne sont plus enfermés dans une fonction unique ; ils évoluent dans un ensemble de compétences qui se combinent différemment selon la taille des collectivités, les moyens humains, les priorités du mandat ou les organisations internes. Selon ses réformateurs : « Une fiche métier n’est pas une fiche de poste. La fiche métier devient un magasin de compétences dans lequel on vient construire le poste dont on a réellement besoin. » Concrètement, pour construire une fiche de poste, chacun pourra trouver ici la description des missions et des compétences qu’il souhaitera mobiliser. À l’évidence, aucune fiche de poste ne pourra inclure la totalité des compétences recensées dans une fiche métier (ou alors il s’agira d’un « super-héros » doté de superpouvoirs !).
On notera la mise à jour de certains intitulés, qui donnent un nouvel angle, comme l’introduction du terme « journalisme territorial », qui fait une place à la balladodiffusion (les audios), qui identifie comme un domaine à part entière la com interne, ou qui positionne les communicants publics dans des champs où ils interviennent de plus en plus souvent : attractivité, concertation, accueil des usagers.
C’est sans doute le point sur lequel le groupe de travail insiste le plus fortement. Ces nouvelles fiches ne doivent surtout pas être utilisées comme des modèles prêts à l’emploi. Elles recensent volontairement un ensemble très large de compétences, parfois impossibles à réunir chez une seule personne. Et c’est précisément ce qui fait leur intérêt.
Des outils pour construire des fiches de poste
L’objectif est ailleurs : permettre aux directions générales, aux ressources humaines et aux responsables de communication de construire des fiches de poste réalistes. Un DGS pourra désormais identifier plus clairement ce qu’il attend réellement d’un recrutement : pilotage éditorial, gestion de l’événementiel, communication interne, conception graphique, réseaux sociaux, attractivité territoriale ou relation aux usagers. Les collectivités pourront composer des profils adaptés plutôt que d’accumuler, dans un même intitulé de poste, des demandes impossibles à satisfaire. Et cette clarification arrive à un moment particulier pour les collectivités : les débuts de mandat provoquent souvent des réorganisations, des recrutements ou des redéfinitions de services. Or les métiers de la communication publique ont profondément changé en quelques années. Les nouvelles fiches prennent acte de cette transformation accélérée. Elles intègrent explicitement les enjeux liés à l’intelligence artificielle générative, à la désinformation, aux réseaux sociaux, au marketing d’influence, à l’accessibilité, à l’écoconception ou encore à la souveraineté des données. Elles permettront également aux agents de se positionner face à des mobilités internes subies qui peuvent se faire jour dans la recomposition de ce paysage. Ou alors elles seront un levier pour construire des parcours de formation !
Mais la véritable innovation se situe peut-être ailleurs : dans la manière dont ces fiches redessinent le paysage des métiers de contenu. Pendant longtemps, les référentiels de la communication publique restaient structurés autour de figures relativement classiques en six fiches métiers (dircom, chargé(e) de com, chargé(e) de publication, chef ou cheffe de la com numérique, chargé(e) de création graphique et photographe vidéaste) et une fiche fonction (animateur ou animatrice réseaux sociaux). Cette organisation correspondait à un monde où les supports étaient encore largement séparés. Or cette partition entre une pyramide dépendant de la rédaction du magazine, le numérique et l’audiovisuel s’est progressivement effondrée dans les services communication. Le nouveau dispositif assume pleinement cette mutation.
Une nouvelle vision de la production des médias
Le silo « Conception et gestion des publications papier et numériques » qui correspond aux usages, y compris dans la presse (voir article sur la rédaction du Soir), devient ainsi un espace pivot, relié à trois autres champs clairement identifiés et indépendants (car ils peuvent aussi œuvrer pour d’autres supports que les médias territoriaux) :
- « Rédaction, journalisme territorial »,
- « Création graphique et artistique, infographie et mise en pages »,
- « Photographie, audios et contenus audiovisuels ».
Dans ces nouvelles fiches métiers, des tâches en gestion des publications, jusqu’ici invisibles, sont reconnues, comme le champ de la distribution des supports papier, la gestion des insertions ou le suivi de fabrication.
Il est important de noter qu’un domaine dédié à « la stratégie de communication, planification, gestion » a été placé en tête des 10 champs de compétences, permettant d’identifier dans trois niveaux hiérarchiques des fonctions d’encadrement et/ou de gestion. C’est un point sensible qui permettra notamment dans les petites collectivités de reconnaître pour une personne « responsable de la com » ou « chargée de com » une prise en main réelle de la fonction communication. Un même réalisme a poussé les réformateurs de ces fiches à proposer des catégories variables pour les quatre niveaux hiérarchiques, qui vont de A+/A à C. Il est apparu qu’il aurait été contre-productif d’imposer, par exemple, un niveau de catégorie A pour les responsables de la communication alors que, dans beaucoup de collectivités, ces derniers sont en catégorie B. La création d’un niveau hiérarchique correspondant à la catégorie C a été souhaitée pour inclure toutes celles et tous ceux de cette catégorie qui œuvrent en communication pour des tâches souvent non reconnues.
Une reconnaissance de la complexité des productions
Cette organisation dit beaucoup de l’évolution réelle des métiers. Dans les collectivités, produire un média territorial ne consiste plus seulement à écrire un journal municipal. Il faut désormais penser simultanément les contenus, les formats, la diffusion, les réseaux sociaux, les vidéos, les infolettres, les usages mobiles, l’ergonomie graphique ou encore la circulation des images. Il fallait revenir sur le fond et décrire correctement cette chaîne complète de production éditoriale.
Cette refonte marque peut-être une forme de maturité de la communication publique territoriale.
Au fond, cette refonte marque peut-être une forme de maturité de la communication publique territoriale. Pendant des années, les communicants publics ont souvent été perçus comme des profils polyvalents mais rarement comme des professionnels disposant d’expertises clairement identifiables. Le couteau suisse pouvait donc flatter une certaine débrouillardise ; il empêchait aussi de reconnaître la complexité réelle des métiers. Et il est à parier que la réévaluation qui a été faite du niveau hiérarchique pour certaines compétences va interroger...
Les nouvelles fiches ne résoudront évidemment pas à elles seules les difficultés de recrutement, les écarts statutaires ou les sous-dimensionnements de certains services. Elles ne sont pas non plus opposables juridiquement. Mais elles offrent désormais un langage commun. Une manière beaucoup plus précise de décrire ce que sont devenus les métiers de la communication publique en 2026 : des métiers stratégiques, techniques, éditoriaux, relationnels et profondément transversaux. Et peut-être, enfin, des métiers que l’on commence réellement à nommer.
De bonnes relations entre notre réseau et le CNFPT
Le directeur adjoint à la formation de l’INET/CNFPT, Guillaume Bauchet, l’exprimait dans ces termes dans un courrier le 14 janvier dernier : « Je tiens à saluer la collaboration entre le CNFPT et Cap’Com dans le cadre de la refonte des fiches métiers de la famille communication du Répertoire des métiers territoriaux. Ce répertoire, le CNFPT en est le garant et souhaite qu'il soit le reflet le plus fidèle possible de la réalité des situations professionnelles et fonctions occupées par les agents territoriaux. J'ai pu apprécier la qualité des travaux menés par le groupe de travail de communicantes et communicants territoriaux réunis au sein de Cap’Com (…). Les membres du Conseil national d'orientation ont validé l’organisation et le contenu des fiches proposées. Ils ont souligné la qualité des productions soumises et entériné les changements structurels proposés. Je me réjouis que ces fiches aient été travaillées avec les professionnels de la communication (tout particulièrement avec votre coopérative) et qu'elles soient aujourd'hui le miroir de leur activité, quelle que soit la taille de la collectivité employeur. »
Une dizaine de professionnels, représentant des collectivités très différentes, ont été réunis régulièrement par Cap'Com pour travailler avec le CNFPT sur ces fiches métiers.
- Stéphane Butny, dircom du département de Saône-et-Loire
- Marie Cailleaud, dircom de la région Bourgogne-Franche-Comté
- Yves Charmont, délégué général de Cap'Com
- Astrid Chevolet, responsable nationale de spécialité communication publique et stratégique au CNFPT
- Bernard Deljarrie, président du Conseil coopératif de Cap'Com
- Sandrine Hector, responsable des relations publiques, protocole et relations presse de l'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines
- David Laidet, dircom de la ville de Grande-Synthe
- Vincent Lalire, dircom interne du département de Seine-Maritime
- Andréane Lecarpentier, directrice adjointe de Cap'Com
- Mary Mackay, en poste, à l'époque, à la communication de Pays de Montbéliard Agglomération, spécialisée dans la com interne
- Jeanne Rebuffat, dircom de la ville de Lyon
- Catherine Ridoux, directrice du pôle relations publiques et vie locale de la ville de Saint-Rémy-lès-Chevreuse
- Lucille Roué, responsable com de la communauté de communes des Vals du Dauphiné
- et Nicolas Wecker, dircom de la ville des Mureaux.