Prix de la presse territoriale 2026 : entre singularité et communauté
Pendant la cérémonie du Prix de la presse et de l'information territoriales, sous l'égide cette année d'une présidente de jury attachée à la démocratie, on observe, on récompense, on s'inspire des meilleures publications territoriales de l'année. Celle de Marseille, lauréat de cette édition 2026, et des huit autres collectivités récompensées qui réussissent à combiner identité singulière de territoire et nécessité de (re)faire société grâce à un support d’information fondamental, vecteur de liens.
Cette 28e édition a révélé « une presse territoriale très qualitative dans laquelle, même si en cette année électorale les nouveautés sont moins nombreuses, il y a encore de l'expérimentation, de l'innovation et quelques ovnis », a confessé Didier Rigaud-Dubaa, fondateur du Prix de la presse et de l'information territoriales, lors de la cérémonie de remise des prix en direct du siège de Cap'Com à Lyon, le mardi 23 juin dernier devant près de 120 communicants.
Un support fondamental
Rappelant en premier lieu les débats animés du grand jury, Nathalie Sonnac a souligné la grande diversité des publications nommées. En effet, chacune à sa manière a su séduire les professionnels chargés de trancher. À chacune ses qualités, mais certaines, à force d’analyse et d’échanges, ont finalement su sortir du lot. L'universitaire a affirmé être « très heureuse de voir la vivacité et la variété des titres candidats ». Selon elle, « c'est une presse très particulière, d’information et des territoires, qui joue un rôle fondamental en matière de démocratie. La presse territoriale a une capacité à faire résonner des problématiques qu’on ne connaît pas forcément à Paris intra-muros ».
Ce que j'ai découvert dépasse totalement la presse quotidienne nationale ou la presse magazine classique.
Nathalie Sonnac
Ce regard nouveau, porté sur le travail des communicants publics, montre encore une fois l'étendue de la richesse de contenu de ce type sur notre territoire : des périodicités différentes pour des enjeux différents, des sujets similaires traités de manière distincte par des émetteurs particuliers. Cette image globale, que dresse Nathalie Sonnac, illustre la force des territoires, la puissance du local. « Ce que j'ai découvert dépasse totalement la presse quotidienne nationale ou la presse magazine classique », s'étonne-t-elle.
Attachée à la démocratie et à l'éducation aux médias, garante de cette dernière, la présidente peut désormais compter sur la presse territoriale pour alerter sur les sujets de société. Touchée notamment par le Prix de la plume d'or, qui « se rapproche le plus du journalisme et de l’écriture », elle a pu découvrir la prise de parole des institutions sur des sujets touchants, à l'instar du dossier sur les violences intrafamiliales de l'agglomération de Pornic Pays de Retz, lauréate de cette catégorie.
Ce lien avec les habitants, créé et entretenu à travers les magazines territoriaux, est le premier échelon vers la démocratie. Cette presse locale illustre « la liberté de penser, l'esprit critique. La presse d’information territoriale participe à être au plus proche des citoyens pour faire tomber la défiance envers l'information, car c’est en leur maire qu’ils ont le plus confiance ».
Un espace informationnel en plein bouleversement
Nathalie Sonnac a profité de son intervention pour alerter sur l'état actuel de la presse (privée comme publique) et de l'écosystème général de l'information. Au même titre que l'audiovisuel public, qui est la cible de critiques depuis la commission d'enquête parlementaire lancée en septembre dernier, l'état économique de la presse de façon générale fait face à une crise économique profonde, au profit du digital. « La presse produite par des professionnels de l'information voit son modèle économique se déliter. Si les pouvoirs publics n'ont pas conscience du cadre réglementaire de la presse et de l'importance du service public, on va vers un revers démocratique sérieux. »
Elle a dédié son dernier essai, Qui veut la peau de l'audiovisuel public, à cette problématique essentielle.
Un mag pour tous, tous pour le mag !
Comment parler à tous les habitants ? Comment continuer à créer ce lien alors que les auditeurs partent vers le digital ? Comment affirmer le caractère sérieux et institutionnel de l'information tout en étant proche des lecteurs ? Tant de questions que soulèvent, à chaque travail de chemin de fer, les professionnels de l'information territoriale.
Marseille, le magazine des Marseillaises et des Marseillais, lauréat 2026, ainsi que le palmarès dans son entièreté, apportent les réponses recherchées.
Avec un magazine qui parle à tous, Marseille, la ville cosmopolite par excellence, réussit le pari fou de faire de ce support papier le relais de l'identité phocéenne. L'ensemble des lauréats prouvent, à travers leur diversité, que les collectivités sous toutes leurs formes, de toutes tailles, peuvent innover et se différencier pour apporter à leur manière l'information à leurs administrés et agents.
Un département, deux communautés de communes, une ville mutualisée avec une métropole pour l’interne, un bulletin interne pour le Prix de la une, une agglomération... La diversité du découpage administratif français peut se mobiliser et se donner les moyens de ses ambitions.
Ce qu'on retient de ces publications distinguées (liste non exhaustive) ?
- Un journal au service du narratif politique ET de la stratégie de communication remporte le Prix du projet éditorial.
- Le pari dynamique d'une communauté de communes rurale qui prouve que, quand on veut, on peut sortir des clous et proposer un magazine territorial qualitatif malgré une périodicité restreinte.
- Une Plume d'or qui embarque dans un récit sensible et tabou, sans voyeurisme, en mettant en avant les services proposés par ses agents pour apporter de l'aide.
- Un cas d'école, avec le Petit Poucet Val-d'Isère, qui a su réussir son virage en passant d'un public cible de touristes aux habitants de la station.
Une réflexion sur les titres des magazines municipaux
Didier Rigaud-Dubaa et Yves Charmont ont entamé le webinaire de cérémonie en partageant l'analyse des titres recensés parmi les publications candidates, en écho à celle effectuée il y a quelques semaines sur les magazines internes. Répartis en cinq catégories – les modèles institutionnels, les identitaires territoriaux, les modèles relationnels, les originaux et les titres courts –, ces titres sont le reflet du contenu qui s'ouvre aux lecteurs, montrant l'objectif de communication de la collectivité. Tandis que certains s’inspirent des magazines privés, d'autres restent très factuels en reprenant le nom de la collectivité. La publication de la communauté de communes du Bazadais a d'ailleurs attiré l'œil du fondateur du Prix, le bacronyme (ou rétroacronyme) B.A.-BA : les bonnes actus du Bazadais devient le B.A.-BA de l'information pour les habitants du territoire.
C'est Marseille, bébé
Ou plutôt devons-nous dire que c’est le bébé de Marseille. Ce tout jeune magazine, qui a vu le jour en 2023, vingt ans après le dernier bulletin municipal sorti en 2003, a pour objectif de « s'adresser au plus grand nombre, à tous les visages qui constituent la ville ». Sacrée Prix de la presse et de l’information territoriales 2026, la publication a réussi à « trouver un juste équilibre entre parler de ce qui est mis en place par la collectivité, ce que fait la ville et ce qui se passe dans les 111 quartiers », explique Pascale Hulot, cheffe du service de la mission rédaction.
Le magazine reste le navire amiral qui rythme la communication.
Benoît Roos, directeur de la communication de la ville de Marseille
On peut dire que le pari est réussi, car cette volonté d'incarner la ville et ses habitants transparaît même pour celles et ceux qui n'ont fait que fouler furtivement les pavés du Vieux Port. « En quelques pages on est vraiment dans la ville de Marseille, on en a les couleurs, on en a la chaleur », argumente la présidente du jury.
Benoît Roos, directeur de la communication de la ville, a tenu à assister au sacre de son équipe : « Le magazine reste le navire amiral qui rythme la communication. » Il explique que les campagnes de communication déployées par la ville sont activement relayées dans le magazine et que l'enjeu est d’aller vers toujours plus de plurimédia. « Nous allons continuer de travailler sur le lien entre le print et le web. C'est une ville qui a beaucoup à dire, et le magazine a trouvé son public. »
Alors, même si l’année dernière nous présentions la recette du mag à la mode de Caen, il n’y a pas de recette miracle pour faire un bon magazine d'information territoriale. Chacun répond à ses problématiques de communication, aux besoins des habitants mais aussi aux attentes des élus qui souhaitent souvent faire passer leurs messages. Didier Rigaud-Dubaa l’a d’ailleurs bien résumé en évoquant le dilemme « schizophrénique » des journalistes territoriaux.
Mais, malgré les épines, le travail des communicants est à la hauteur et c’est ce qui fait la force de cette profession. Est-ce que la presse territoriale a encore de beaux jours devant elle ? For sure, comme le dirait la ville et métropole de Nantes ! Et « vive Marseille ! » conclut Nathalie Sonnac.
Les collectivités récompensées au 28e Grand Prix de la presse et de l'information territoriales
- Prix de la presse territoriale 2026
La ville de Marseille pour son magazine Marseille, le magazine des Marseillaises et des Marseillais
Aux côtés du lauréat 2026, huit autres collectivités ont été distinguées par un prix de catégorie :
Catégorie « Projet éditorial »
Le département de Lot-et-Garonne pour Le 47Catégorie « Iconographie et conception graphique »
La communauté de communes du Bazadais pour B.A.-BA, les bonnes actus du BazadaisCatégorie « Publication interne »
La ville et métropole de Nantes pour Vue d'ensembleCatégorie « Petits Poucets »
La ville de Val-d'Isère pour Val d'Isère magCatégorie « Plume d'or »
L'agglomération Pornic Pays de Retz pour « Si je reste, j’y laisse ma peau »Catégorie « Prix de la une »
La ville de Lyon pour Traits d'union #4 (magazine interne)Catégorie « Prix des étudiants »
La communauté de communes Interco Normandie Sud Eure pour Le mag Normandie Sud EureCatégorie « Coup de cœur du jury »
La commune de La Puisaye pour Bulletin municipal